Jouant sur les transparences de papiers naturels venus d’Inde, du Népal ou du Japon, matière subtile à travers laquelle glisse la lumière et qu’elle travaille en collage, découpage et superposition, y mêlant sans contrainte peinture, encres ou paillettes, Deinki nous ouvre la porte de son imaginaire. Monde ludique de couleurs vives et de métamorphoses joyeuses dans lequel subsistent des traces de notre quotidien, mais recréé, déséquilibré, délivré de sa grisaille et de sa pesanteur.
Ici une ville semble danser dans la nuit et se métamorphose sous nos regards médusés en « banlieue aux étoiles » ; là, des poissons rieurs volent au-dessus de drôles d’immeubles aux yeux de fleurs et aux lèvres bollywoodiennes ; là encore, des personnages-totems aux chapeaux de traviole semblent sortir un peu ivres d’une fête nocturne tandis que dans un ciel d’été s’inscrivent des signes étranges, rêves de civilisations enfouies…

Jeu des contrastes, surprises orientales, rythmes africains, ruptures inattendues de traits et de couleurs, quelque chose aussi de plus secret et qui évoquerait des îles lointaines, des caraïbes perdues… Rien d’étonnant à cela puisque Deinki a vu le jour en Martinique, en juillet 1975, et a grandi au milieu des couleurs, dans l’atelier de son père peintre-graveur.
Chaque objet créé par Deinki – abat-jour, lampes sur pieds, appliques murales, tableaux lumineux – est singulier, unique. En posséder un, c’est avoir chez soi une œuvre d’art magique qu’on aime, le jour, caresser du regard mais qui, dès que la nuit tombe, s’éclaire mystérieusement d’une lumière venue d’ailleurs, d’une planète où les êtres auraient gardé intactes les couleurs et la joie dansante de l’enfance.


François Bourgeat